L’éclopé du fossé

On parle très souvent
Du Bon Samaritain*
Et de l’exemple à suivre.
On ne parle jamais
De lui, qui est dans le fossé,
Qui s’est fait tabasser,
Le samaritainé.

Ils l’ont laissé pour mort
Auraient mieux fait de l’achever.
Les urgences d’un hosto
En savent quelque chose,
C’est que l’on n’est pas beau
Dès lors qu’on est blessé.

 On préfèrerait alors
Garder les ailes du nez
Enfoncées dans la terre
Pas loin de la rigole.
On voudrait s’y enfouir
Attendant  d’y germer
Si l’été doit venir.

N’est ce donc pas très bête
Très ridicule aussi
De se laisser charger
Sur une vague monture
Aux yeux de la terre entière
Disant adieu au  look
Et bonjour à l’allure !
On est  vraiment blessé,
Tout à fait mortifié.

 


  On voudrait se cacher, Surtout ne pas porter L’inquiétude  des autres En plus de la sienne. C’est le refus de l’Autre, De tous les autres avec. On ne sait même pas Si ce blessé de la vie Lorsqu’il fût guéri A pu tout rembourser De l’huile au pichet de vin Avec  toutes les nuitées. Car ne l’oublions pas Il n’avait plus un sous, L’avaient dévalisé Et laissé sans un rond De nos jours c’est la honte. A-t’il seulement guetté De près comme de loin Le Bon Samaritain Qui devait repasser ? A-t’il seulement pensé A lever une main Quand l’Autre est repassé Et repassé encore ? A-t’il seulement voulu Lui dire un grand merci Par un tout petit mot Et pourquoi pas une brève !?... Allez donc le savoir… *à propos de la parabole du Bon Samaritain, Luc 10, 29

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